
Bloggy Bag
Inscrit depuis le 18/08/2008
33 fois vu en une | 24 posts repérés
Affaire Dreyfus Strauss-Kahn : justice des medias, verdict du peuple
22/08/2011 à 21h50 | 4277 vues | 21 réactions
C'est dans les moments troubles et la solitude que l'on teste ses convictions et que l'on se révèle à soi-même.
Lorsqu'en ce dimanche irréel j'ai allumé ma radio et que j'ai entendu l'incroyable nouvelle de l'arrestation de DSK, je me suis senti tout à la fois troublé et bien seul. Les informations qui se succédaient tout au long de la journée semblaient plus accablantes les unes que les autres, leur rythme et leur caractère mondial ne semblaient laisser la place à aucun doute et la construction médiatique qui avait atteint son paroxysme avec le perp walk auraient dû annihiler tout questionnement : vous qui entrez dans l’arène médiatique, abandonner tout espoir d'autre vérité que celle qui vous est donnée...
Et pourtant, plusieurs choses m'ont fait douter. Le souvenir de la médiatisation de Timişoara et de Ceauşescu a laquelle je n'avais pas cru à l'époque, les premières incohérences de l'enquête de la police de NY (les heures, les téléphones portables, la rumeur de la fuite, les caméras, le scénario de l'entrée de la femme de ménage, ...) et le regard de Dominique Strauss-Kahn à sa sortie du poste de police ont réveillé en mot la méfiance des conclusions trop rapides et non prouvées, la nécessité de ne croire que ce j'ai pu vérifier, ne serait-ce qu'en partie. Je ne savais pas ce qui s'est effectivement passé, mais à l'évidence ce que je voyais n'avait pas grand chose à voir avec une justice équitable et sereine. Je me suis alors tourné vers ma communauté internet où j'ai là-aussi trouvé des gens troublés, mais où la solitude n'était plus.
Les semaines qui ont suivi ont été malgré tout extraordinairement enrichissantes.
J'y ai découvert ce que le mot justice signifiait vraiment, ce qu'il impliquait dans sa démarche de recherche de la preuve et de la vérité. Comprendre, trouver les faits, résister à la vindicte qui pourrait faire de vous un lâche, qui vous incite au mieux à vous taire en attendant l'exécution finale. Résister aussi à ses propres sentiments qui seraient plus satisfaits de l'innocence que de la culpabilité. Fonder son jugement sur les faits d'abord, sur la raison, et au bout arriver à la conclusion la plus probable.
J'y ai découvert aussi l'incroyable puissance de ces réseaux mondiaux de gens anonymes qui finissent par être plus proches de vous que certaines de vos fréquentations habituelles, puissance qui explique comment les gouvernements autoritaires méditerranéens ont pu être vaincus si facilement, puissance qui permet de combattre les manipulations médiatiques les plus sournoises, puissance qui permet d'obtenir les documents que les médias refusent de donner ou pire, cachent car non conformes à ce qu'ils veulent démontrer. Il paraît que certaines rédactions ont eu des états d'âme après avoir publié des choses fort peu glorieuses, pour dire le moins. Je crois à la lumière de ces derniers mois que certains ont perdu leur âme, noyés dans le fiel d'une manipulation de la vérité faite en toute connaissance de cause parce qu'il fallait qu'il soit coupable !
sources : F.Epelboin
Que de fois me suis-je dit que j'avais l'impression d'être dans une nouvelle affaire Dreyfus, où l'accusé devait être forcément coupable, parce qu'il était riche, parce qu'il était juif, parce qu'il perturbait l'image de la morale ou d'un intérêt "supérieur" cachant des intérêts vils et très privés... Tant de monde avait intérêt à la culpabilité de Strauss-Kahn, la culpabilité plutôt que la vérité. De fait, sa démission forcée du FMI a permis la reprise en main de l'institution par les ultra-libéraux puis de lancer la curée sur la Grèce en moins de deux semaines, le projet d'un nouveau système monétaire mondial a fini dans les oubliettes de Riker Island, l'horizon des présidentielles françaises a singulièrement changé. Si la gauche non marxiste s'est d'ailleurs à peu près bien comportée (voire de façon positivement surprenante comme avec S. Royal), que dire de l'UMP ? L'ump qui avec Lefebvre et consorts avait annoncé le feu nucléaire si Dominique Strauss-Kahn se présentait aux présidentielles, l'ump que l'on retrouve au tout début de l'affaire avec un tweet diffusé avant même la première communication de la police, avec Debré éructant sur tous les médias lui tendant un micro, avec des médias plus que partisans relayant des informations dont certaines ne tenaient à l'évidence pas debout.
Et que dire de la position officielle de la France ? Dès le tout début de l'affaire, les services de l’État ne pouvaient pas ignorer que certaines informations diffusées étaient fausses, ne serait-ce que parce que l’État et la direction du Sofitel avaient des liens directs et étroits ; l’État savait que la chronologie annoncée des faits était fausse parce qu'il avait accès à l'historique du badgeage, il savait qu'aucune vidéo n'avait pris de film de DSK en train de fuir car les caméras en question n'existaient pas dans l'hôtel et qu'il avait normalement rendu ses clés, il savait que le billet d'avion de DSK n'avait pas été pris au dernier moment parce qu'une réunion européenne avec entre autre Angela Merkel était planifiée, l’État Français avait la possibilité, sans prendre parti, juste au nom de la Vérité et de la Justice, d'empêcher l'emballement et la construction d'une culpabilité médiatique, l’État français avait les moyens de protéger notre image internationale en évitant la condamnation expéditive d'un de ses ressortissant occupant un poste international majeur, l’État Français avait la possibilité de se placer aux côtés de la justice américaine pour (r)établir la vérité des faits dans une affaire délicate. Or le gouvernement français n'a pas fait ce choix, préférant laisser ternir notre image et notre réputation plutôt que de montrer l'exemple d'une France qui défend les valeurs et les principes, même dans un cas difficile. Pire que cela, les grands hommes d’État tels Robert Badinter qui ont osé prendre une telle position se sont fait conspuer. Pourquoi une telle attitude indigne ?
Je demande à nouveau à ce qu'une commission d'enquête parlementaire soit mise sur pied pour enquêter dès septembre sur le rôle des acteurs de l’État dans cette affaire, avant et pendant l'affaire. Que chaque Français se sentant bafoué, blessé, manipulé par les choix irresponsables qui ont été faits dans cette affaire, par leurs conséquences sur notre pays, relaie cette demande auprès de leurs élus ; nous exigeons la vérité ! Le peuple de France en tirera les conclusions.
L'affaire DSK a eu un impact personnel pour Dominique Strauss-Kahn et sa famille, mais au-delà, un impact sur le déroulement démocratique de l'élection à venir. Une part de la vérité a été établie par la justice américaine, nous devons aller jusqu'au bout pour ce qui concerne la République Française.
