
Bloggy Bag
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A visionnaire, visionnaire et demi
26/04/2011 à 17h20 | 3477 vues | 3 réactionsExtrait de "Refondation, PS, Socialisme & Social-Démocratie : les défis", mai 2010.
Question du choix
Il n'a échappé à personne qu'en plus des choix idéologiques, nous avions également un problème de choix de leader pour conduire les batailles dans leur dernière ligne droite. Le système est ainsi fait que si une campagne peut, et doit, être portée par des idées défendues pied à pied par tous les militants, pour être couronnée de succès cette campagne doit in fine s'identifier à un nom, un visage, une personnalité à l'instant du vote.
En 2006, nous avions inventé des primaires, quelques peu exotiques au regard des faibles possibilités d'échanges directs et contradictoires, mais expérience intéressante tout de même. J'ai à l'époque défendu le principe même de ces primaires, et pour 2011 j'ai même renouvelé l'attachement à un grand processus qui élargirait la base des militants à un électorat dépassant plusieurs centaines de milliers sympathisants (à moins, cela pose des problèmes de manipulations statistiques).
Aujourd'hui, je suis plus que circonspect vis-à-vis du principe des primaires, pour une raison technique : dans un tel scrutin il est impossible de garantir l'équité de la campagne, comment alors donner une légitimité au vote si ce n'est l'acceptation mathématique d'un vote structurellement biaisé ?
Et pourquoi ne peut-on garantir l'équité du scrutin ? Il suffit de retourner à 2006 pour avoir une illustration du problème et le comprendre.
À l'époque, la candidate qui fut finalement désignée bénéficiait du soutien de l'équipe dirigeante du PS ce qui fut très probablement déterminant au regard du fonctionnement du PS. Pour préserver l'équité, il aurait fallu qu'elle se désolidarise (réellement) de cette équipe et que cette équipe adopte une position de neutralité absolue. Et comment aurait-on pu lui demander de renoncer à ce soutien ? Cela n'a pas de sens, et encore moins en 2006 où les liens familiaux rendaient la situation encore plus inextricable. Parallèlement, le contre-pouvoir de la presse s'est exercé d'une façon peu satisfaisante et elle n'a pu ramener le débat à un niveau de rationalité et d'objectivité suffisant pour rectifier les biais de la situation.
Au-delà de ce cas, comment demander à un candidat bénéficiant d'une position avantageuse particulière d'y renoncer au profit de l'équité de la campagne ? Nous ne sommes pas dans une campagne qui est régie par la loi et les avantages dont bénéficient les candidats sont une part des motivations qui les poussent à être candidat.
Dit autrement, à moins d'une situation exceptionnelle où l'équité est là d'elle même, il n'est pas possible de l'établir et de ce fait, la campagne sera toujours entachée de biais qui fausseront forcément le débat donc le résultat.
Par ailleurs, en l'état actuel des réflexions sur les primaires, un système de parrainage semble prévu pour éviter les candidatures « exotiques » ou carrément néfastes au processus lui-même. Certes, mais quel est le juge de paix ? Il y a peu d'espace à franchir entre la sélection raisonnée et la cooptation intéressée. Si je peux facilement donner des critères concernant les candidatures néfastes (idéologie incompatible avec nos valeurs, comportements excessifs, pas de capacités ou de qualités identifiables compatibles avec l'exercice du pouvoir, …) comment définir une candidature
« exotique » ? Serions-nous capable de donner une liste rationnelle d'éléments objectifs pour choisir nos postulants ? Et ne pas le faire n'est-il pas l'expression d'un conservatisme, voire d'une peur et d'un manque notable de confiance envers nous même ?
J'aimerais que ces primaires soit possibles et équitables. Nous saurons que le jour sera venu lorsqu'un militant anonyme du PS pourra, par ses seules valeurs intrinsèques, postuler à la candidature, et y accéder. Cela voudra dire que le « recrutement » de nos candidats se fera sur des qualités intrinsèques et ne sera plus perturbées par des qualités de circonstance, dont la plus encombrante est sans doute l'ambiance sondagière.
En attendant, il faudra s'accommoder du système le moins mauvais possible en faisant le ménage dans les pratiques les plus détestables telle l'intimidation en section ou la cooptation par une élite. En l'état actuel, la primaire est un espace de débat mais dans le cas général, ce ne peut pas être un espace de choix démocratique où l'égalité de traitement est garantie.
Le choix ne devrait pas à mon sens faire partie de la phase de confiance, mais belle et bien cette de la phase de démocratie : résoudre cette quadrature du cercle est un défi majeur.
Alors des primaires pour le débat et l'expression des idées oui, mais en l'état, il ne faut pas en espérer plus.
Un an plus tard, nous sommes bien dans la situation décrite et ce que l'on peut espérer de mieux, c'est que ces primaires servent à enrichir le socle programmatique du PS.