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Petite réflexion sur la deuxième crise
24/10/2008 à 11h38 | 1146 vues | 2 réactionsAprès la crise des subprimes et son traitement de choc (faillites des établissements financiers, fusions-sauvetages, nationalisations, garantie des actifs pourris, interventions des banques centrales, coordination -partielle- des Etats, …) nous sommes entrés dans la deuxième crise, celle des conséquences sur l’activité économique dans le monde « solide ». Le gouvernement vient de prendre un certain nombre de mesures destinées à traiter cette deuxième crise.
Mais a-t-il posé le bon diagnostic et a-t-il donné des réponses qui sont en phase avec ce diagnostic ? L’inquiétude est légitime si l’on regarde un peu la politique économique qu’il a mené depuis 2007 et les erreurs d’analyse dont elle était entachée. On se souvient du fameux paquet fiscal qui dans les faits ciblait principalement les « grandes familles industrielles » françaises et dans une moindre mesure le français moyen. L’idée était de rapratrier des fonds mis dans des paradis fiscaux pour l’injecter dans l’économie et de soutenir la consommation, donc la croissance. Double erreur puisque d’une part il suffit d’avoir un bon fiscaliste pour que l’impôt payé soit marginal (la France est sur le papier un Etat fortement taxateur mais dans les faits un paradis fiscal - la carotte (dé)fiscale est depuis longtemps utilisée) et d’autre part la consommation des ménages était à l’époque satisfaisante. Echec sur l’objectif ciblé donc, mais surtout échec par rapport au vrai besoin qui était d’aider les PME qui avaient elles besoin d’être renforcées ou développées. Une chance économique a été manquée et l’énergie perdue a dans une première étape abouti à essouffler la France (avec des indicateurs économiques qui ont tous viré au rouge fin 2007 / début 2008 alors que la crise financière n’avait pas encore d’effets en Europe au point que le discours officiel était qu’elle ne nous toucherait pas).
Aujourd’hui, les mesures anti-crises annoncées ciblent directement les PME : fond souverain pour se doter d’un outil financier puissant de défense(enfin ! Ce point avait depuis longtemps été discuté aussi bien sur le blog de DSK que celui de Pierre Moscovici mais avec plus d’ambitions plus qu’il s’agissait de créer un fond éthique basé sur des critères économiqu et et sociaux, avec un nouveau rôle attribué aux syndicats). Les mesures concernent également la détaxation de l’investissement, le déblocage de fonds pour aider les banques à octroyer des crédits. Clairement cette fois le diagnostic est bon : si les PME s’effondrent, c’est toute l’économie qui plongera en profonde récession avec des risques sociaux gigantesques (émeutes qui cette fois prendraient un caractère insurrectionnel, antagonismes directs entre Etats qui comme après la crise des années 30 instillerait le venin du nationalisme totalitaire et du fascisme, les signes avant coureurs étant déjà là).
Ouf sur le diagnostic avec toutefois un bémol sur l’absence d’une aide directe contre la pauvreté qui est en train d’exploser (il est de plus en plus difficile de cacher que la France a renoué avec les bidonvilles par exemple).
Mais quid de l’efficacité des mesures prises ? Je craints fort qu’il y ait une erreur de tempo. Aujourd’hui, ce dont ont besoin en urgence les PME ce n’est plus d’une aide de développement, c’est une aide pour sortir de la tempête. En clair, elles n’ont pas besoin de prêts pour acheter des machines ou construire des bâtiments mais des prêts habituellement consentis comme relais de trésorerie (le découvert sur le compte courant de l’entreprise). Fondamentalement, nos PME ne vont pas mal, mais l’absence d’argent pour tenir entre le moment où elles émettent leurs factures et celui où elles sont payés induit un risque important de cessation de paiement, risque augmenté par le risque général de défaillance. Et ce risque est une deuxième fois augmenté par la période de Noël qui génère de forts échanges commerciaux (tant mieux) mais aussi de plus forts besoins de trésorerie (en cette période, il est normal que les entreprises soient plus en découvert qu’en période de plus faible activité). A contrario, l’industrie touristique par exemple a elle besoin de trésorerie parce que le tourisme est un poste qui pâtit rapidement des économies des ménages ; il leur faut donc tenir avec moins de rentrées d’argent.
Si cette aide de trésorerie est fournie avec vigueur, les PME passeront la tempête sans trop de casse. Si ce n’est pas le cas, on peut craindre des défaillances en chaîne. Or les mesures destinées à soutenir l’investissement sont des mesures d’après pic de crise, de redémarrage. Il est aussi probable que l’aide de liquidité apportée aux banques sera d'abortd utilisée pour le redémarrage (mais j’espère me tromper). Il ne faut pas que cela soit le cas et il est important de garantir presque sans condition la trésorerie des entreprises : les quelques défaillances et pertes induites seront infiniment moins coûteuses que les conséquences d’une absence d’aide pour passer ce cap.
L’objectif à court terme est de garantir le découvert de trésorerie. Pour le reste, les patrons de PME savent ce qu’ils ont à faire même si une aide au redémarrage économique sera la bien venue.