
Bloggy Bag
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L’impossible confiance
10/10/2008 à 11h29 | 689 vues | 0 réactions
La crise financière est terminée. Techniquement du moins. Vous allez me dire que les performances des bourses mondiales permettent quelque peu d’en douter (7,4% pour le CAC au moment où j’écris ce billet). Vous avez en partie raison, à ceci près que le problème actuel n’est plus la maladie qui a déclenché la crise, mais la confiance qu’il semble impossible de retrouver.
La maladie d’abord. Pour ceux qui ne sont pas férus de finance et qui auraient jusque là échappé on ne sait comment aux diverses analyses, le diagnostic est clair. En résumé, le problème vient de l’utilisation irréfléchie d’un type de montage financier qui permet d’accroitre artificiellement la rentabilité financière des capitaux. Artificiellement car la richesse produite dans l’écomonie “réelle” n’est pas prise en compte et n’augmente pas. Le problème de ce mécanisme est qu’il augmente le risque et l’endettement. Pourtant, le mécanisme n’est en lui-même pas intrinséquement nocif, mais c’est son utilisation répétée dans le seul but d’une artificielle rentabilité purement financière qui a posé problème. Le risque est devenu réalité (tout le monde savait que cela arriverait dans un tel système), la dette est devenue perte, et le montant de la perte n’est pas couvert. Donc, la première étape de la solution a été franchie lorsque tout le monde a compris que ce mécanisme suicidaire était à stopper.
La deuxième étape de la solution de la crise est celle de la purge : les fautifs les plus nocifs ont fait faillite (pour les entreprises) ou ont été mis à la porte (pour les individus). Sanction minimale pour un crime planétaire. A un moindre niveau de faute, d’autres entreprises ont perdu leur liberté et d’autres individus ont été mis au placard. Techniquement, nous devrions touché à la fin de cette phase avec les grandes compagnies d’assurances qui elles aussi sont de gros acteurs financiers, normalement plus prudents car leur métier de base c’est l’analyse du risque. Reste à espérer qu’ils n’aient pas perdu le sens de leur métier…
Enfin, les acteurs financiers institutionnels (FMI, banques centrales, …) ont finalement remarquablement gérés la crise en jetant aux orties le dogmatisme misanthrope ultra-libéral et en retrouvant le sens commun.
C’est pour toutes ces raisons que j’ai écrit que la crise financière était terminée, ou en fait en passe de l’être. Alors pourquoi est-ce que cela continue à se casser la figure ? Pour répondre à cette question, il faut, il me semble, sortir de l’analyse économique et se replacer dans une lecture plus humaine et de relations interpersonnelles. On le dit, on le répète, le problème du moment c’est la confiance, alors pourquoi des gens éduqués et intelligents participent-ils si activement à détruire avec tant d’énergie des richesses (bien réelles celles-là) ?
Partons d’une grille de lecture fournie par l’école de Palo Alto (d’aucuns jugeront que d’autres grilles sont plus pertinantes, mais j’ai un faible pour ce courant de pensée et cela va éclairer mon propos). L’école de Palo Alto s’est penchée sur les problèmes de relations interpersonnelles au sein des groupes (à l’origine, l’objet étaient les thérapies familiales, mais cela est généralisable). Un des outils d’analyse de Palo Alto est de recherche les messages en forme de double contrainte, c’est à dire, de façon simplifiée, les messages entre individus dont la forme et en opposition avec le fond. Prosaïquement, si je vous dis “je vous aime” en vous mettant en même temps une grande baf, je vous envoie un message dont la forme (le bourre-pif) est en opposition avec le fond (l’amour). Dans un groupe normal, les personnes se fâchent et se séparent, mais il existe des cas de dépendance au sein des groupes qui ne permettent pas la séparation est qui obligent à prendre le message pour argent comptant, plaçant les individus dans une situation “schizophrénique” intenable (ici haine / amour). Alors, quel est le rapport avec nos banquiers ?
Tous les financiers de la planète sont dans une situation psychologique éprouvante, épouvantable pour certains. Des suicides se sont d’ailleurs déjà produits. Ils ont par ailleurs des raisons objectives de culpabiliser, une bonne part d’entre eux ont personnellement perdu beaucoup d’argent dans l’histoire et pour parachever le tout, leur credo quasi mystique de la croyance en une sorte d’immanente justice d’un marché libre s’est écroulé au fur et à mesure des nécessaires interventions des Etats. Pire, ils sont maintenant totalement dépendant de ces Etats.
Ensuite, pour échanger un message, il faut être deux. Le deuxième acteur est bien sûr le groupe des Etats dont on est maintenant totalement dépendant et dont on attend deux choses : apporter de la liquidité et de la solvabilité financière (là c’est à peu près ok) et de la confiance. C’est là que va naître le problème du message incohérent. Pour le comprendre, il faut regarder la photo du dernier “G4″ réunissant Brown, Merckel, Berlusconi et Sarkozy.
D’abord, première faute majeur, ce mini-sommet avait pour un de ses objectifs de montrer l’union des Etats. Photo catastrophique sur le perron de l’Elysée : il n’était que quatre là où toute l’UE était attendue, et à vrai dire où tout l’Eurogroupe n’aurait pas fait tache. Premier déphasage du message : nous sommes tous là vs nous sommes seulement quatre.
Passons à l’analyse plus détaillée de la photo. Brown c’est l’homme contesté du parti travailliste dont on se demande quand il prendra la porte. Pas rassurant. Merckel aurait pu être le pilier de la confiance, mais patatras, si dimanche elle affirme sa volonté de ne pas nationaliser, lundi elle est obligée de le faire. Pas terrible et pourtant en terme de confiance, c’était le meilleur du groupe. Berlusconi c’est l’image de l’Italie flambeuse et peu orthodoxe financièrement, mais c’est aussi la pire image du politique empétré dans des problèmes judiciaires qui ne trouvent de solution que par la déclaration de non-responsabilité des grands élus. Catastrophique en terme de confiance. Plus près de nous, il reste Sarkozy, hélas le plus catastrophique. En un an et demi, Sarkozy est son gouvernement ont accumulé les pires résultats économiques d’un gouvernement de la Vème République non soumis à une crise (si la crise fournit un alibi facile, c’est a posteriori des résultats obtenus). Notre ministre de l’économie, Christine Lagarde s’est illustrée depuis le début par un budget mensonger appuyé avec une insolence incroyable par des “tout va bien”. Enfin, Nicolas Schkoumoune s’est illustré par ses talents de bonnimenteurs en se déplaçant sur les points chauds et en promettant tout à tous ceux qui voulaient bien l’écouter (Acelor-Mittal, les pêcheurs et bien d’autres).
Comment peut-on espérer que ces politiques là puissent envoyer un message cohérent de confiance et de compétence ? Le message envoyé est typiquement situé dans une relation pathologique avec le monde de la finance, il n’a aucune chance d’être crédible et salvateur pour la confiance. Il est même anxiogène ce que nous constatons.
Que faire alors ? D’abord laisser parler et mettre en avant ceux qui incarnent la confiance : les banquiers centraux, le directeur du FMI Dominique Strauss-Kahn, des personnalités comme Waren Buffet. Ensuite, pour ce qui est des politiques, il leur faut trouver le moyen de se redonner de la crédibilité, en commençant par remplacer leurs ministres (il n’est pas souhaitable de repasser par des élections à court terme) et en se mettant en cohérence avec les parlements nationaux et supra-nationaux. Et dans ce cadre là, et seulement là, l’idée de cohésion entre majorité et opposition dans l’intérêt de tous a un sens.
Techniquement, le plus difficile a été fait. Rétablir la confiance peut se faire très rapidemenent si la forme et le fond du message envoyé aux marchés sont cohérents. L’heure n’est plus aux bonniments de foire et nous payons à prix fort nos propres errements démocratiques qui nous ont fait préférer du rêve clinquant fabriqué de toute pièce pour les couvertures de magazines people à des hommes ou des femmes choisis pour leur sérieux, leurs compétences, leur intégrité intellectuelle et leur sens de l’Etat autant que de la citoyenneté.
Ce billet est une copie d'un post de mon site http://wordpress.bloggy-bag.fr/.